Monsieur Devedjian nous explique qu'il ne faut pas trop presser Total, de peur que cette entreprise se délocalise, et que par ailleurs il faut louer son "mécénat social" (comprendre par là les engagements de Total à reverser une partie de ses bénéfices pour la "prime à la cuve de fioul") . Je lis pour ma part ces déclarations comme un terrible aveu d'impuissance, d'autant plus dangereux qu'il vient de la majorité qui dirige actuellement notre pays.
Impuissance car dans une démocratie moderne, c'est l'Etat qui doit régler les problèmes socio-économiques graves mettant en grande difficulté ses citoyens, notamment en veillant à la juste redistribution des richesses produites. S'en remettre aux bonnes volontés de groupes privés, attendre un geste, un "mécénat" de leur part, c'est acter une sorte de principe de "charité chrétienne", qui va à l'encontre de l'idéal républicain d'émancipation des citoyens. C'est justement pour être libres que les citoyens remettent leur pouvoir de décision à l'Etat, garant de l'intérêt général.
Impuissance car en émettant publiquement des craintes quant aux agissements possibles de groupes privés, on accrédite petit à petit l'idée que l'Etat doit se soumettre à des intérêts plus forts que l'intérêt commun, ce qui va à l'encontre du pacte républicain. L'Etat n'a pas à avoir peur : il est l'émanation de la volonté des Français, et doit s'assumer comme tel.
Je pense donc que ces propos, outre le fait qu'ils traduisent l'inaptitude du gouvernement de Monsieur Fillon à répondre aux problèmes des Français, risquent d'accréditer un peu plus encore l'idée de l'inutilité ou de la faiblesse du pouvoir politique. Après tout, pourquoi s'intéresser à la vie politique de notre pays, ou même aller voter, si au bout du compte les vraies décisions dépendant d'institutions extérieures, par exemple des multinationales ?
A la crise économique et sociale, le gouvernement prend le risque d'ajouter, ou amplifier, la crise de la démocratie. Qu'en pensez-vous ?